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1815 Le soleil se couche


Dès l’annonce du retour de Napoléon de l’île d’Elbe, la reprise de la guerre entre la France et les Alliés devint inévitable. Des troupes anglaises et prussiennes ne tardèrent pas à se concentrer en Belgique. L’Empereur décida de prendre l’offensive avant que Russes et Autrichiens n’entrent dans la partie. Il parvint à réunir une armée de cent vingt-huit mille hommes, franchit la Sambre avec l’intention de rejeter les Anglais à la mer et de repousser les Prussiens au-delà du Rhin. Le 16 juin 1815, il battit les Prussiens de Blücher à Ligny, mais ces derniers purent se retirer en ordre ; le même jour, le maréchal Ney se heurta aux Anglais et aux Hollandais de Wellington sans pouvoir les déloger de leur position des Quatre-Bras. Deux jours plus tard, Napoléon, qui avait chargé Grouchy de poursuivre les Prussiens, se retrouva en face de l’armée anglo-hollandaise qui s’était installée sur le plateau du Mont-Saint-Jean, près du village de Waterloo.

Une bataille acharnée s’engagea. Napoléon tenait presque la victoire, et allait s’ouvrir la route de Bruxelles, lorsque les Prussiens de Blücher, qui avaient réussi à semer Grouchy, parurent au bon moment sur le champ de bataille. La victoire changea alors de camp et, malgré l’héroïsme des grenadiers de la Vieille Garde, ce fut la débâcle. Charles Malo, l’auteur des « Champs de bataille de l’armée française », a pu écrire : « Il n’est guère de bataille qui aient été disputées avec plus d’opiniâtreté et d’acharnement, et il n’en est peut-être aucune qui ait mis en relief d’une façon plus saisissante la puissance des facteurs moraux et leur influence décisive à la guerre. Il semblait, en vérité, que, d’un côté comme de l’autre, le dernier des soldats se sentit personnellement responsable des conséquences immenses que devait entraîner, pour son pays, soit la victoire, soit la défaite, et l’on ne sait ce qu’il faut admirer le plus, de l’inébranlable ténacité des Anglais et de leurs alliés, de l’indomptable ardeur des Prussiens, ou de la valeur désespérée avec laquelle se battirent les Français jusqu’au moment où il leur fut amplement démontré que, pour retenir la victoire sous leurs drapeaux, il ne leur suffisait plus de mourir. Ces vertus guerrières, on les a vues, certes, déployées en d’autres temps et par d’autres armées ; mais jamais elles ne furent poussées, comme ici, jusqu’à l’exaltation, jusqu’au paroxysme, et jamais, parmi tant d’humbles combattants, on ne compta tant de héros. »

Et Charles Malo de conclure : « Nous avons, depuis, subi d’autres désastres et éprouvé d’autres douleurs ; chaque génération a sa croix à porter et il n’y a guère que ce qui l’atteigne directement qui lui soit réellement sensible. D’ailleurs, la roue de la Fortune tourne sans cesse ; aux périodes de grands revers succèdent heureusement, d’ordinaire, des périodes de grands succès, et alors on est trop porté à oublier ses propres souffrances, à plus forte raison celles de ses pères. Pourtant, Waterloo fait exception : « Tant qu’il y aura une France, l’âme de la France sera contemporaine de ses douloureuses journées », a dit Sainte-Beuve dans un passage admirable, dont la péroraison est à retenir et à méditer : « Qu’il ne vienne à jamais, le jour où les générations renouvelées, fussent-elles dans la prospérité de la civilisation et de la paix perpétuelle, ne paraitraient plus que froides et indifférentes à ce qui a remué et déchiré les entrailles de la patrie, en ces années de deuil effroyable et d’immortelle grandeur ! ».

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